Lieux ésotériques


Voici quelques réflexions à propos de plusieurs lieux ésotériques de la région. La liste n'est pas exhaustive, et les informations sont publiées au gré de mes trouvailles ou de vos partages de textes adéquats.

 

 

La Vierge Noire d'Avioth

 

(...) à l'époque de Nostradamus qui était aussi celle des grandes épidémies, la foule des pélerins d'Avioth n'avait ni bâton, ni besace. C'était une procession quotidienne de femmes en noir et ce qu'elles serraient sous le châle n'était pas une pierre, bien qu'aussi lourd et aussi froid, mais un cadavre d'enfant.

 

Il en venait de tous les coins d'Ardenne et de Lorraine, grands-mères ou parentes, sages-femmes qui marquaient le pas au sommet de la butte à cause de leur macabre fardeau. Elles reprenaient haleine devant le porche, parcourant machinalement les sculptures où s'ouvrent les cerceuils, où les squelettes se revêtent de chair pour paraître en paradis. Elles n'en demandaient pas plus, les braves femmes, pour le pauvre corps qu'elles portaient, qu'il ait droit lui aussi à un coin de paradis!

 

Ceux-là étaient morts-nés ou morts trop tôt, donc voués aux limbes où errent les âmes sans baptême. Mais la dame d'Avioth avait le pouvoir de leur rendre cette lueur de vie, quelque chaleur ou rougeur, parfois un mouvement qui permettrait au curé de leur conférer valablement le sacrement des élus. C'est ce qu'on appelait le baptême d'Avioth et, dans peu de minutes, le miracle allait se renouveler.

 

Le seuil franchi, elles baisseront le regard au premier pilier et se signeront car les y guette le Verbouc, ce diable qui emporte en croupe les sorcières au sabbat. Le recteur a beau expliquer que Sainte Marguerite n'a rien d'une sorcière et que les lois de l'iconographie sacrée l'obligent à jaillir, mains jointes, de l'échine d'un dragon, les gens du pays n'en pensent pas moins. La bête qu'un artiste a voulue plus satanique que nature, n'est pourtant là que pour jouer Cerbère de Celle qui, dans la pénombre du sanctuaire et la fumée des cierges, attend impassible ses funèbres quémandeuses.

 

Malgré qu'on ait fraîchement barbouillé sa face d'un sacrilège ripolin blanc, Notre Dame d'Avioth, patronne du duché de Luxembourg, est une de ces fameuses Vierges Noires, toutes assises et très vieilles, dont il n'est pas douteux qu'elles aient eu l'Egypte pour patrie.

 

Une commune légende unit en effet ces Dames à propos de chevaliers chrétiens prisonniers du sultan sur les bords du Nil qui, les ayant implorées un soir, se seraient à l'aube réveillés chez eux, encore chargés des chaînes de leur captivité. C'est la raison pourquoi il y a toujours eu des fers pendus parmi les ex-voto de leurs chapelles. Ainsi la Recevresse, merveilleux petit monument du cimetière où les pélerins d'Avioth déposaient leurs offrandes, en a gardé accrochés à sa voûte.

 

(...)

 

Le hasard n'entre jamais pour rien dans la naissance d'un culte à une Vierge Noire. Celle d'Avioth fut trouvée vers les temps de la croisade, comme il sied. Quelque pâtre l'aperçut dans les branches d'un chêne. L'arbre était planté sur une butte déserte au pied de laquelle jailissait une source. Apprenant la nouvelle, le curé de Thonne-la-Long, paroisse dont l'endroit relevait, fit transporter la statue en son église Saint-Brice. Le lendemain, la Vierge était revenue miraculeusement s'asseoir dans son arbre, phénomène qui se répéta plusieurs jours d'affilée. Ainsi débute toute légende de Vierge Noire, car il est important qu'il y eût à la fois près d'Elle le chêne et l'eau.

 

On éleva pour les seuls pélerins, l'incroyable cathédrale solitaire qui n'eut finalement de paroisse qu'avec le Concordat. Le lieu n'avait même pas de nom. Quelqu'un l'appela par le début de l'invocation qu'on voit encore figurer sur le vieux sceau de la fabrique: Ave + O + Theotocos + Virgo... Aveoth ou 'Salut, ô Vierge qui enfante d'un Dieu!'

 

On ne comprit cependant tout à fait la résistance - le jeu - du curé de Thonne-le-Long qu'en 1880, quand une campagne de fouilles se fit à la limite des deux actuelles communes, au lieu-dit Fontaine. Un paysan découvrit alors dans son champ de Prêle, à trois cents pas d'une villa gauloise à hypocauste qu'on venait de mettre à jour, un édifice plus petit où il déterra une statue de pierre représentant une déesse assise.

 

Ainsi donc l'artiste qui avait sculpté noire et sur un siège la Vierge d'Avioth savait, comme le curé de Thonne-le-Long, l'existence, là, d'un antique culte à la déesse mère, venu du fond des âges et qu'il convenait de restaurer. Isis, ont écrit les Latins, était vénérée à travers les Gaules.

 

(extrait de 'l'Ardenne Mystérieuse' de Saint-Hilaire, Rossel Editions)

 

 

Le dragon

 

Une brochure touristique m'a bien fait rire, parce qu'elle déclare : "Il n'y a plus de dragons en Gaume. Les historiens le confirment : les touristes n'ont aucune crainte à avoir. Il y eut des dragons en Gaume, mais ils ont disparu."

 

En cherchant bien, on trouve le dragon – logiquement et paradoxalement – sur des lieux religieux. A commencer par la cathédrale Saint-Martin à Arlon, dont le campanile est orné de huit dragons ailés, orientés dans tous les sens. Ils semblent interdire l’approche du lieu. N’oublions pas que le dragon est souvent représenté comme le gardien de trésors, de princesses ou de lieux sacrés. C’est par lui qu’il faut passer pour accéder à la lumière via un processus alchimique de transformation intérieure. Notons que le chiffre huit est également celui du signe astrologique du Scorpion, l’antre énergétique de l’animal démoniaque. Deux dragons gardent également chacun des portails latéraux de la cathédrale. Ils ont les traits de la Vouivre, représentante du courant tellurique qui nous fait descendre sous la terre. A l’intérieur de l’édifice, nous le retrouvons sans ailes et sans pattes, mais avec la queue reconnaissable en forme de flèche, aux pieds de la Vierge.

 

Ailleurs dans la région, la cathédrale d’Avioth héberge sur un pilier de sa nef centrale une représentation de Sainte Marguerite assise sur le dos du dragon. Moins populaire que Saint Michel, elle est une autre figure spirituelle qui a vocation d’affronter le monstre.

 

A mi-chemin entre Arlon et Avioth, arrêtons-nous à Virton où le dragon se fait discret mais où il remplit néanmoins une fonction intéressante. Au coin des rues des Fossés et des Combattants se trouve le nouveau bâtiment du CPAS (Centre public d’aide sociale), anciennement propriété de la famille Louette. Les dragons en fonte qui se trouvent sous les fenêtres de l’étage étaient placés là pour protéger la maison de l’influence du mal. La porte d’entrée a cependant été ornée d’angelots. Un Christ en croix datant de 1946 trône dans le jardinet de la maison.

 

Mais historiquement, la région de Virton est surtout renommée pour son régiment des Dragons de Latour. Le premier seigneur à occuper le château qui surplombe la vallée de la Vire (Virton tire son nom du confluent des rivières Vire et Ton) s'appelait Lambert de la Tour. Les troupes françaises à l'assaut de Montmédy en 1657 ont pillé la région et sont responsables d'un revers de fortune de ses descendants. Né à Latour en 1737, Charles-Antoine Maximilien Baillet devint le nouveau seigneur du lieu et créa les "Dragons wallons" qui s'illustrèrent pour leur bravoure sur plusieurs champs de bataille européens, dont des combats contre les armées de Napoléon. Ils se tournèrent également contre leurs propres compatriotes en se mettant à la solde de l'empereur Joseph II. 40 ans avant l'indépendance de la Belgique, ils portaient un drapeau noir-jaune-rouge, sans doute le plus vieux "drapeau belge".

 

De nos jours, "Les Dragons de Latour" est une association locale qui regroupe un club de motards (Dragon Motor Club), un club canin connu en dehors de nos frontières, et une petite salle de concerts de rock.

 

Mentionnons encore la ferme de Gérardnoue, le foyer de l'unification qui a célébré les épousailles de Saint Michel et du dragon. Haha. Merci aux habitants et aux visiteurs de la région de compléter cette liste s’ils débusquent le dragon en d’autres endroits.

 

 

Saint Gengoulf

 

Jusqu'à la Révolution française, Villers-devant-Orval relevait du diocèse de Trèves qui recouvrait des parties de la France, la Belgique, le Luxembourg et l'Allemagne actuels. Ce qui expliquerait son affiliation à un saint d'origine germanique. Serait-ce pour cela que les flamands se sentent chez eux à Villers-devant-Orval? La majorité des fermiers de la région sont les descendants de fermiers flamands immigrés, et une véritable communauté de thérapeutes et d'accompagnateurs spirituels flamands ou d'origine flamande s'y installe progressivement depuis ce début de siècle.

 

Faisons, si vous le voulez bien, un flashback de quelques siècles. Le 11 mai 763 meurt un certain Gengoulf, victime d'un complot fomenté par son épouse Ganéa. Que s'est-il donc passé?

 

Messire Gengoulf, dont le prénom nous est inconnu, est né en 703 à Varennes-sur-Amance, à quatre lieues de Langres. Né dans une ancienne et noble famille bourguignonne habitant le château de Varennes, il est un racé de formation spirituelle et morale très soignée, avec une éducation sportive remarquable. Il pratique couramment la chasse et la pêche. Comte de Bourgogne, perdant ses parents à vingt ans, il se retrouve à la tête d'une fortune non négligeable. Beau parti pour la noblesse de la Bourgogne et de l'Ardenne, il est invité permanent aux chasses et aux tournois. Il épouse dans ce milieu la belle Ganéa. Celle-ci prend-elle amant avant ou après le départ à la guerre de son époux? Toujours est-il que messire Gangulphe (il y a vingt-quatre manières différentes d'écrire ou de prononcer son nom) est réquisitionné avec tous ses hommes d'armes pour assister Pépin le Bref dans ses expéditions lointaines. Il voyage même tout un temps avec Charlemagne, au rang de ses proches. Au retour des guerres, las du comportement de sa femme, il se sépare d'elle sans faire d'esclandre. C'est au château d'Avallon en Yonne que l'amant de Ganéa tue Gangulphe d'un coup d'épée dans son lit.

 

Son assassin est lui-même assassiné, et Ganéa meurt rapidement de maux grotesques et infamants dont s'emparent la littérature, la chanson et la malice.

 

Autour du corps de Gangulphe, ramené à Varennes, se produisent de nombreux miracles. Eglises, autels et autres lieux consacrés à Saint Gengoulf se multiplient alors à Trèves, Toul, Mayence, Luxeuil, Aix-la-Chapelle, Liège, en Suisse, en Hollande... Quatre églises lui sont dédiées rien que dans le diocèse de Namur: Florennes, Vielsalm, Chéoux-Rendeux et... Villers-devant-Orval, dont l'église contient encore aujourd'hui une antique statue du Saint, ainsi qu'un vitrail à son effigie.

 

A l'extérieur de l'église, la place du village anciennement baptisée de son nom comprend une fontaine monumentale surmontée d'une statue (en chêne) du héros haute de 1m40. Habillé en guerrier, casqué avec cotte de maille, brassard et cuissot, protégé par un bouclier et armé d'une lance avec fanion, Saint Gengoulf ou, du moins, sa statue a été restaurée une première fois par Octave Grare suite à la deuxième guerre mondiale qui fut dévastatrice pour le village, et une seconde fois en 1975 par le même artiste, maître sculpteur sur bois. Ce dernier est également le sculpteur des statues de Sainte Rita à Florenville et à Villers-devant-Orval.

 

Anciennement, on fêtait l'anniversaire de la mort du Saint armé chaque 11 mai. Il y avait affluence autour d'un reliquaire du 13e siècle en cuivre doré, entouré de pierres précieuses ayant la forme d'un avant-bras, surmonté d'une main. On y venait de toute la Gaume et des régions frontalières françaises.

 

Aujourd'hui, sa célébration a changé de forme. La procession est remplacée par une petite kermesse, mais on fête toujours le Saint. La fête communale tombe sur le quatrième dimanche qui suit le Lundi de Pâques. Le mardi qui suit ce dimanche, c'est la fête à Gengoulf, Les jeunes de la région placent une échelle au pied de la statue. Pendant que les habitants chantent, une personne est désignée pour détacher le vieux bouquet de fleurs artificielles du Saint. Elle le remplace par un autre qui tiendra une nouvelle année.

 

A quelles réflexions pourrait nous inviter aujourd'hui Saint Gengoulf, un martyr de l'infidélité qui a survécu à toutes les guerres mais pas à l'amant de sa femme, puis un saint à l'origine de nombreux miracles? A une plus grande tolérance vis-à-vis des relations multiples? A l'abandon de la possession d'un être humain par un autre être humain? A l'ouverture du coeur envers chaque être humain? A devenir un guerrier de l'amour, un guerrier de lumière?

 

Merci à 'Le journal du Beau Canton', édition du 18 mai 2005, à feu le syndicat d'initiative de Villers-devant-Orval et à sa brochure de 1970 'Saint Gengoulf, patron de la paroisse de Villers-devant-Orval et son environnement', ainsi qu'à l'ancien propriétaire de la Ferme de Gérardnoue et à l'ancienne épicière du village pour leurs contributions involontaires à cette présentation.

 

Enfin, voici le témoignage d'un ami résidant en Allemagne :

 

Gengulf ... ou Gangulphe, ou Gengoux, ou Gangolf en allemand (+ d'autres graphies encore). Il a eu une église qui lui était consacrée à Mayence, détruite au XVIIIe siècle pour en reconstruire une autre en style baroque, dédiée à Saint-Pierre. Il a encore 30 églises à son nom en Allemagne aujourd'hui, dont une basilique (carrément) à Münchenlohra, petite ville de Thuringie, à 580km de chez toi.

 

C'est étonnant, ce succès des saints français en Allemagne (Martin, Denis... ). Il fut effectivement le compagnon d'armes de Pépin le Bref, père de Charlemagne. C'est Pépin qui donna en son temps au pape une partie de ses terres, ce qui fut à l'origine des Etats Pontificaux, territoire civil administré par le pape, qui allait durer 1.100 ans, jusqu'à la création de l'Italie moderne.

 

 

Le gros cron

 

Merveilleux (et même émouvant) coin de nature, le Gros Cron est une roche calcaire créée à travers les siècles par une fraîche source aux propriétés pétrifiantes. A Meix-devant-Virton (sur la N 88 Florenville-Virton), prenez direction Lahage (La Hache sur certaines cartes). Le Gros Cron est bien fléché à partir du centre de ce village. Laissez votre voiture à l'orée du bois et continuez à pied.

 

N'espérez pas l'y voir, mais sachez qu'on a découvert sur le promontoire du Gros Cron les traces d'un refuge celte datant du 1er siècle avant J.C., avec un double fossé et une enceinte de pieux.

 

Une recherche supplémentaire sur Internet nous apprend que les celtes y organisaient des fêtes d'Imbolc. Petit extrait :

 

Connue aussi sous le nom de : Oimealg (“IM-mol’g), Chandeleur ou Candlemas, Imbolg, le Jour de Brigid, Sainte Lucie, Fête de Brighid, Oimealg, Imbolgc, Brigantia, Imbolic, Disting (Teutonique, 14 février), Lupercus, Candlelaria, Lupercallia, La Fête des Lumières, La fête de la Vierge, Fête de Pan, Fête des Perce-neige…

 

En fait, ces noms ne relèvent pas de la même fête mais ils sont assez proches dans la période. Imbolc est une fête celtique très ancienne sur laquelle nous n’avons que très peu d’informations.

 

Je ne peux me résoudre à ne pas voir dans Imbolc une fête féminine, liée à l’archétype que Brigit représentait, un archétype si fort que les chrétiens ont du donner ce nom à une sainte pour en transformer le culte. La Déesse est représentée par l’eau, Imbolc est une fête de lustration et de purification, il va de soi que la Déesse nous purifie et nous débarrasse des craintes de l’hiver vers un avenir plein d’espoir. Mais Belisama est la très brillante et c’est sa lumière qui va nous purifier également.

 

Sous les Romains, un bain public avait été aménagé aux abords de la source. Du Moyen Age à la Révolution française, le creux au pied du rocher a abrité un ermitage. Bien malin le promeneur qui devinerait tout cela en se reposant en ce coin de paradis avec vue sur chemin de fer...

 

Notez, au passage, la réaction d'une lectrice du site, Bernadette Delit, qui partage : "Attention à ne pas propager les incertitudes qui foisonnent sur le net ! Alors que les scientifiques sont sûrs de l'existence d'un refuge celte sur le gros cron de Lahage, ils y ont trouvé très peu de traces de vie (pas de verres, vaisselle, outils ...) cela leur fait dire que ce refuge n'a pas été utilisé même pour y célébrer l'une ou l'autre fête."

 

 

L'abbaye d'Orval

 

Quoi de mieux que de découvrir la fascinante histoire de l'abbaye d'Orval à travers la bande dessinée Orval de Jean-Claude Servais, parue en deux parties aux éditions Dupuis ? Procurez-vous de préférence les éditions spéciales comprenant des suppléments documentaires, disponibles chez le libraire "Le club de la BD" à Florenville.