Toc Tic Toc, ça débloque

Grincheux





Moi je veux PAS être dans la joie. Non MAIS. Ca m'rendra pas heureux de vous rendre maussade, mais comme je m'fais chier j'essaie quand même.




 (à propos, vous savez quand c'est la fête du mental ? Le 8 mai. Mdr, ça n'a rien à voir)

 

Alors pour commencer c’est toujououours la faute aux autres ! Aussi bien mon bonheur que mon malheur, mes émotions, mon état de santé déplorâble, mon boulot par lequel je gagne ma vie, car oui bien sûr je gagne ma vie que par mon boulot, mes amours enfin quand je dis mes amours, là où je vis que je voudrais quitter pour mieux mais que je ne peux pas car c’est la fôte aux autres, la merde dans mon frigo j’en parle pas parce que c’est bon, et en plus c’est la faute aux ôtres que je vous écrit ici parce que c’est un besoin irrépressible qui c’est que dont je suis pas responsable moi-même voilà. Ensuite comme c’est toujours la faute aux autres il faut absolument leur aboyer dessus ou essayer de les changer, ah oui essayer de changer les autres y a pas mieux pour être malheureux, surtout essayez beaucoup de changer les autres vous nagerez toute votre vie dans une vaste mer de déceptions. Et les déceptions, c’est excellent pour la maussatitude, l’attitude d’être maussade, vous voyez je suis intelligent comme ça j’ai pas d’émotions à exprimer, surtout suivez bien les religions qui banissent les émotions, c’est ma spiritualité à moi de bannir les émotions rien de mieux que de coller au plafond comme ça je ne vois plus ma propre merde. En évitant d’être malheureux j’évite d’être heureux, c’est d’une efficacité sans faille. Alors un autre truc vraiment très très bien, c’est de bouffer la main qui vous nourrit, vous savez il y a de ces gens incroyables qui veulent toujours vous faire du bien, non mais j’vous jure où ils vont les chercher ceux-là, ceux-là faut surtout pas les laisser faire, le truc c’est de les critiquer à fond d’balle, de préférence publiquement mais aussi derrière leur dos. Je disais donc que les déceptions c’est bon pour la santé défaillante, il faut à tout prix les entretenir. Comment donc ? En développant en permanence, si possible sans jamais s’arrêter afin de ne pas se mettre à réfléchir à la question, des attentes, des illusions, des croyananancesss… et puis surtout aussi passer notre temps à projeter notre réalité sur les autres, de préférence inconsciemment comme ça on peut vraiment rien y changer du tout, et toujours plus de façon à construire un mur vraiment opaque entre nous et l’autre, un mur opaque dont chaque brique est une de nos projections, une de nos illusions, une de nos croyances, une de nos attentes. Oui se couper de la relation en construisant un mur, c’est tout bon pour se protéger de la faute des autres. Seul sur mon île, pas de danger de bonheur. Ou alors celui de ne pas en avoir. Méditez bien à ça, car peut-être en essayant de résoudre ce paradoxe vous réussirez à éviter le bonheur en croyant l’avoir trouvé. Very very très efficace ! Maintenant faites très attention. Car malgré toutes vos précautions pour rester dans votre bulle, vous risquez quand même d’être confronté à de velléités de relation. Enfin quand je dis relation je veux dire communication, y faut pas exagérer quand méééme. Alors là, surtout sortez toute la batterie de tue-relation dont vous avez certes l’habitude mais pas assez conscience pour le rendre pire encore. Allez-y, surtout ne lésinez pas sur la quantité : justifiez-vous pour tout ce que vous faites, tout ce que vous pensez, mettez-y des couches et des couches, ça tient chaud au mental. Et puis aussi, passez votre temps à tout comparer de préférence pour vous diminuer en vous comparant aux critères de l’autre, ou pour vous la péter en comparant l’autre à vos propres critères. Enfin, vos propres critères… les sales conviennent très bien aussi. Surtout pour juger l’autre, c’est bien ça de juger les autres afin d’être soi-même malheureux. Essayez vous verrez. Ah bon, vous savez déjà. Okééé. Mais peut-être en avez-vous marre de juger les autres ou d’être vous-même jugé par eux. Le problème n’est pas que ça vous rende malheureux ou que vous rendiez les autres malheureux, puisque le but ici n’est pas d’être heureux (à propos, mieux vaut pas avoir de but ni d’ambition dans la vie, ça risquerait d’amener de la joie de réussir à le réaliser), mais bien que ça fatiiiigue à la longue. A la place, essayez de vous juger vous-même. C’est plus efficace car vous ne rencontrez que peu de résistance, puisque vous pouvez pratiquer l’auto-jugement par ailleurs appelé culpabilité par certains 7 jours sur 7, 24h sur 24, et en plus c’est gratuit. Et il y a moyen d’en rajouter une dose : plus fort que l’auto-jugement, il y a l’auto-flagellation, et par là on arrive au nec plus ultra de l’abat-joie, j’ai nommé l’auto-sabotage, ou encore mieux encore l’auto-destruction. Rien de tel qu’un suicide progressif, autant qu’il passe inaperçu pour ne pas courir le risque d’enrayer le mouvement. D’ailleurs, si vous avez réussi à lire ce texte jusqu’ici, surtout avec beaucoup d’attention, vous êtes en bonne voie pour descendre le tobogan plus bas encore que le niveau de maussaderie ordinaire. Ce n’est vraiment pas nécessaire. A la place, choisissez une vie bien rangée, une vie dans la norme que rien ne peut éclabousser, là où votre cocon restera intact, où vous ne serez plus une chenille mais ne risquerez pas de devenir papillon. De toutes façons, ça ne vit pas longtemps un papillon, alors surtout ne risquons pas de vivre l’éphémère, surtout restons dans notre cocon à vie, des morts-vivants qui ne connaîtrons ni la joie ni la peine. Ne risquez rien, et enfin, après ce long parcours du combattant contre la joie et le bonheur, vous deviendrez comme moi : grincheux. Oh yes.

 

Grincheux.