Le respect de la personne trompée

 

Etre « trompé » : la connotation du terme est d’office négative. Nous pourrions préférer une expression plus neutre, qui signifierait « la personne dont le/la partenaire s’implique également dans une autre relation intime », mais la langue française ne prévoit pas ce cas de figure. De nouveaux termes doivent être inventés, tels que le « polyfidélité » popularisé par Paule Salomon. Contentons-nous pour cet écrit de termes convenus tels que « tromper » ou « infidélité », mais restons conscients de leur inadéquation.

 

Cette déficience de langage n’est pas un hasard. Mener une seconde relation (ou plus) est généralement considéré comme très, très mal, alors qu’il n’y est question que d’amour, de désir et/ou d’évolution personnelle. La personne qui « trompe », celle qui mène une deuxième relation donc, manifeste des comportements empreints de honte ou de culpabilité : elle ment, doute, juge, hésite, tergiverse, contrôle, négocie, cache, remet à plus tard. Trop souvent, le « trompeur » se décharge de cette culpabilité sous forme de jugement négatif à l’encontre du/de la partenaire de départ.

 

« Beaucoup d’infidélités correspondent à la mise en scène d’un désir d’évolution, désir de sortir de ses manques, de ses insatisfactions, mais aussi de ses projections négatives sur son partenaire. Dans la vie à deux, la tentation est grande de se débarrasser un peu de son ombre en la posant sur son conjoint. Tu es la personne négative, tu dois changer. Tu es la mauvaise personne et, par contre, mon amant ou mon amante est la bonne personne. » (extrait de « Bienheureuse infidélité » de Paule Salomon, éd. Albin Michel)

 

Non seulement il y a dans cette attitude plus de souffrance que d’amour, mais elle induit également chez l’autre plus de souffrance que d’amour. La personne « qui trompe » se trouvant déjà dans la situation de la double relation, c’est elle qui devrait prendre soin de la façon dont elle l’annonce à son partenaire de départ, sachant que celui/celle-ci n’est pas préparé(e) à un tel choc. Les souffrances d’enfance, les tendances à la possessivité, l’insécurité émotionnelle, les conditionnements familiaux ou sociétaux ne sont que quelques exemples des bombes à retardement qui attendent de nous exploser à la figure dès qu’une grosse contrariété fait son apparition dans notre vie.

 

« Parler à l’autre d’une liaison, c’est assumer un rôle de bourreau, aussi est-il nécessaire de le faire avec le plus d’amour et de respect possible, en restant sobre, détaché, sans entrer dans les détails. » (idem)

 

Quelques attitudes de base peuvent aider à ce que cette communication de départ se déroule de la meilleure (ou moins mauvaise) façon possible :

  • Evitez les théories. Inutile de balancer les thèses de Paule Salomon ou d'autres spécialistes pour convaincre votre partenaire de la justesse de votre acte. La première réaction est souvent émotionnelle et personnelle, et c’est à ce niveau-là qu’il faut l’aborder.
  • Evitez les hypothèses. Ne lui sortez pas que votre « à-côté » sera bénéfique pour votre couple. Ne fuyez pas dans le futur ; restez bien ancré dans le présent.
  • Parlez de ce que vous vivez personnellement. Ne comparez pas vos partenaires en termes de prestations ou de qualités. Faites-leur savoir qu’il ne s’agit pas d’une compétition dont dépendrait leur valeur personnelle.
  • Accueillez leur réaction émotionnelle (colère, tristesse, déception…) sans argumenter, sans chercher à vous défendre.

 

Parfois les paroles suffisent, et parfois pas. On peut alors joindre l'acte à la parole et, par exemple, proposer une rencontre à trois dans l’authenticité. Cette rencontre peut se dérouler de mille façons différentes : une rencontre dans un lieu public, s'inviter dans le confort de son foyer, etc. La situation décrite ci-dessous est une possibilité parmi d’autres.

 

« Il ne faut pas croire que les gestes, les rituels, les pensées de l’homme infidèle sont toujours les mêmes avec toutes les femmes. Le mieux d’ailleurs pour celle qui est trompée est de ne rien supposer du tout. Ces idées-là ne peuvent que faire souffrir. Et elles sont en général fausses. Mais enfin, comme je sais qu’il est difficile d’échapper à ce tourment qui consiste à imaginer l’aimé dans les bras d’une autre, je veux ici raconter le témoignage d’un homme fort épris de sa compagne et qui ne lui était pas fidèle. Elle s’en accommodait comme elle pouvait, entre rire et chagrin, rupture et promesses, jusqu’à ce qu’il ait l’idée qui peut paraître perverse, mais tout simplement ingénieuse, de la convier à un de ses rendez-vous dans un petit hôtel de la rue des Moulins. Là, elle assista à une scène d’amour dont il ne tenait qu’à elle qu’elle n’en fût pas exclue. Elle put ainsi mesurer la joie de cet homme d’aimer devant elle une autre femme : sa tendresse, son désir allait de l’une à l’autre harmonieusement et sans qu’aucune des deux amantes ne se sente rejetée ou comparée. Son bonheur était tel que, désormais, elle ne considéra plus qu’il le trompait, non qu’elle assistât chaque fois à ses autres rencontres amoureuses (elle fut assez sage pour y renoncer), mais parce qu’elle ne s’en sentait jamais évincée. » (extrait de « La Douce Joie d’être trompée » de Catherine Laborde, éd. Anne Carrière)

 

C’est paradoxalement au moment où nous entamons une seconde relation que nous devrions faire appel à tout l’amour, la compréhension et le respect que nous avons pour notre partenaire de départ. Nos partenaires, tous nos partenaires, doivent pouvoir entendre à quel point ils sont importants pour nous.