Nos relations et la mort

 

Il n’y a rien de plus mortel qu’une relation stagnante ou sclérosée. A force de s’attacher aux références connues, la relation est déjà morte avant d’avoir réellement vécu. Mais si vous faites partie de la horde des morts vivants, il y a peu de chances que vous soyez en train de lire le présent édito. Ce sont probablement d’autres considérations qui vous animent.

 

Notre pusillanimité relationnelle touche à notre rapport à la mort, à notre peur de l’abandon ou de la fin de la relation, à notre insécurité quand notre partenaire regarde dans une autre direction, à notre besoin de lâcher prise dans nos ébats, à la libération de notre puissance dans la sexualité, et à bien d’autres choses encore.

 

Chacun de ces sujets peut être abordé séparément, à diverses étapes dans l’évolution de nos relations. Il existe un grand raccourci qui n’est pas nécessairement facile à initier, mais qui offre de nombreux avantages une fois qu’on s’y met.

 

Parlons avec notre partenaire de la fin possible de notre relation, voire même de la mort de notre conjoint(e). Parlons de la façon dont nous vivrions une telle séparation, des émotions évoquées par son éventualité, des considérations pratiques qu’elle impliquerait, de la façon dont nous vivrions l’après-relation.

 

Passé un premier stade de rejet du morbide, un tel échange s’avère très fructueux. Il met à jour de nombreux non-dits et rapproche les partenaires comme jamais avant. Il amène une légèreté insoupçonnée dans le quotidien de notre relation, et en particulier dans le vécu de notre sexualité. En lâchant prise par rapport à une hypothétique fin de notre relation, il y a des chances que nous lâchions également le contrôle que nous exerçons sur notre relation par peur qu’elle ne s’arrête.

 

Comme nous projetons souvent le vécu de nos parents (ou notre rapport avec nos parents) sur notre propre relation de couple, il convient d’entamer un dialogue similaire avec eux. Mais le travail à effectuer est d’une autre nature, car notre relation avec nos parents est d’une autre nature que celle de notre couple. Il ne faut pas tellement initier un dialogue d’égal à égal, mais plutôt faire la paix avec notre propre histoire. Un des regrets majeurs des enfants après la mort de leurs parents est en effet de ne pas leur avoir suffisamment parlé.

 

Posez à vos parents toutes les questions qui vous concernent personnellement tant qu’ils sont encore en vie ! Comment s’est passée votre conception, si vous étiez désiré ou non, ce qu’ils ont remarqué de particulier à votre caractère de petit enfant, etc. etc. Une fois qu’ils sont partis, il n’y a plus moyen de le faire.

 

Vous remarquerez que beaucoup de parents sont plus ouverts qu’on ne le pense à parler de ces sujets-là une fois que leur enfant a franchement pris l’initiative des questions. Souvent même ils crèvent d’envie de vous le dire, mais soit n’osent pas le faire, soit ne désirent pas vous envahir avec leur version des choses. A moins qu'ils ne vous rabâchent les oreilles avec leur vécu, mais alors demandez-vous à quelles questions ils ne répondent pas, et posez-les. Une logorrhée verbale peut en effet cacher la vérité avec autant d’efficacité qu’un silence appuyé.

 

Après avoir épuisé vos questions vis-à-vis de vos parents, vous pourriez ressentir un apaisement nouveau face à l’éventualité de leur mort. L’enjeu du besoin d’informations personnelles ne jouant plus, vous vivrez plus dans le présent de votre relation à eux. Cet apaisement relationnel avec vos parents libèrera de l’espace pour investir votre vie intime d’aujourd’hui.

 

La meilleure façon d’aborder la vie, c’est d’également aborder la mort.