A propos de la fatigue, du service et du sacrifice

 

"Quel que soit votre obstacle, efforcez-vous de ne pas ressembler à cet homme qui est parti en guerre contre le monde. Ne vous épuisez pas en voulant dompter les événements comme si ceux-ci étaient des chevaux en train de se cabrer. Les événements ne se dressent jamais contre vous. Ils se présentent pour vous enseigner mille choses et c'est vous qui vous dressez la plupart du temps contre eux. C'est vous et vous seuls qui imprimez à la matière plus de lourdeur et de raideur qu'elle n'en a en réalité.

Ne pas s'épuiser est un idéal, voyez-vous, et vous devez l'atteindre, faute de quoi votre volonté de grandir ne trouvera aucune force sur laquelle s'appuyer."

 

"Parles-tu de l'épuisement moral ou physique ?"

 

"Mais, des deux tout à la fois ! Si servir la Vie est votre but, comment pouvez- vous penser encombrer ou abîmer les voies par lesquelles cette Vie circule ? Ne vous y trompez pas, l'épuisement dans le Service est, plus souvent qu'il n'y paraît, le fruit de l'orgueil. Un orgueil subtil certes, mais qui porte bien l'estampille de l'ego. C'est toujours cette vieille notion de sacrifice, d'ailleurs, qui entretient une telle réaction. N'est-il pas doux pour la personnalité incarnée d'avoir la sensation de se sacrifier pour autrui ?

 

Peut-être me trouvez-vous une fois de plus trop abrupt, mais il faut savoir ce que l'on veut cultiver en soi: le masque ou le coeur... Si quelque constituant de votre être physique ou psychique vient à éprouver de la fatigue ou de l'épuisement, acceptez avec humilité cet état de fait et accordez-vous la possibilité de respirer pendant quelque temps sur un autre mode. La matière de ce monde a ses lois qui ont leur raison d'être et leur valeur. Il faut savoir les respecter.

 

Si, toutefois, fatigue et épuisement sont votre lot quotidien et que vous aimez, dans votre intérieur, que cela se sache, si vous prenez un étrange plaisir à vous abîmer dans un service mortificateur, alors je vous le dis, posez-vous quelques questions ! Avec un peu de lucidité, en remontant la chaîne des causes et des effets, vous y trouverez nécessairement la présence de votre 'moi-je' qui trône quelque part... La solution ? Elle est simple. Rire de tout cela... Rire de ce glaneur de bonne conscience, de cet aspirateur à éloges qui ne dort que d'un oeil en chacun."

 

Extrait de "Celui qui Vient" de Anne et Daniel Meurois-Givaudan, Editions Amrita