Rencontrer la colère

 

La colère s’éveille face à l’insupportable. Mais, quand la colère elle-même devient insupportable au point de la museler, surviennent alors les pires des fléaux : la complaisance et la résignation. Qui sont souvent accompagnées de la plainte. Nous menons des petites vies, nous maintenons des habitudes sclérosantes, nous évitons de gêner autrui, et nous dépérissons à petit feu. Notre sexualité, alors, est fade. A l’opposé, quelqu’un « qui ne décolère pas » est en rage. C’est un état d’être, plus qu’une réaction. La rage est permanente. La personne qui se maintient dans cet état n’a pas accès à ses émotions sœurs, la joie et l’enthousiasme qui pourraient lui indiquer le sens de sa vie. Sa sexualité est névrotique ou inexistante.

 

La colère est une émotion chaude, animale, existentielle. Elles sort du chaos. La haine, elle, n’est pas une impulsion. Elle est infinie. Elle peut être canalisée, dirigée vers une cible choisie à un moment choisi. Elle n’en est que plus redoutable. Quelqu’un qui tue de sang-froid a la haine, pas la colère. Avec la haine, la sexualité est préméditée, contrôlée et parfois déviée.

 

Leur objectif commun est la destruction. Destruction de quoi ? Cela n’a que peu d’importance. Pensez à la colère et à la haine comme à des outils. Si un couteau sert à bricoler ou à couper de la nourriture, il peut également tuer. Si une voiture sert généralement à se déplacer, elle défonce également des vitrines de magasins pour faciliter des cambriolages. Un outil est neutre avant que son utilisation ne soit définie.

 

La colère et la haine sont des outils de destruction. Reposons la question : destruction de quoi ? La réponse est subjective. Ce qui est insupportable pour l’un ne l’est pas pour l’autre. L’objet de la colère diffère d’une personne à l’autre. A chacun d’identifier le déclencheur de sa colère et d’en tirer ses conclusions.

 

Ce qui nous intéresse ici, c’est l’énergie de la colère. Son énergie pure et neutre, avant qu’elle ne se dirige vers qui ou quoi que ce soit. Nous la réprimons trop souvent parce que nous n’avons pas de raison de l’exprimer. C’est-à-dire pas de raison extérieure. Or, la raison de la colère est intérieure : la destruction de l’obstacle qui nous empêche d’arriver à nos fins.

En fin de compte, quand tout sera démonté, nous constaterons que nous ne sommes en colère que contre nos propres habitudes, celles qui nous maintiennent dans les ornières de notre monde connu et souvent sclérosé. Nos véritables démons ne se trouvent pas dans notre colère, mais dans les obstacles que celle-ci cherche à surmonter.

 

Choisir de rencontrer notre colère, c’est prendre le risque de voir se dévoiler l’obstacle insupportable de notre vie. Cela demande une ouverture à l’inattendu. Car nous pourrions découvrir que notre principal obstacle n’est rien de moins que… l’image que nous avons de nous-même. Si nous résistons à cette découverte-là, le déni de notre colère est inévitable.

 

Etes-vous prêt à prendre ce risque ? Dans ce cas, suivez-nous à la rencontre de votre colère.

 

Commencez par vous écouter. Avez-vous jamais eu envie de tuer quelqu’un, ne fut-ce que « pour rire » ? Avez-vous, au moins une fois dans votre vie, vu rouge au point de vouloir tout casser autour de vous ? Avez-vous déjà senti une rage surhumaine vous envahir devant ce que vous pensiez ou sentiez être une injustice envers vous, ou envers autrui ? Vos tympans ont-ils déjà bourdonné de colère ?

 

Osez répondre « non » à ces questions, pour voir. Car nous vous répondrons : waw, félicitations, votre déni est vraiment impressionnant ! Quel fameux couvercle placé sur votre énergie vitale, quelle belle manière de fuir votre humanité ! Cette réserve d’énergie accumulée vous détruira de l’intérieur, vous plongeant dans la maladie ou la dépression. Ou alors, incapable de la retenir plus longtemps, vous la verrez éclater comme une furie dévastatrice parce qu’inadaptée aux circonstances du moment.

 

L’enfermement de la colère et de la haine dans un ghetto démultiplie leur puissance et active leur capacité de détruire tout azimut. Nier la colère, c’est préparer les charniers de l’humanité. Car vous aurez beau la réprimer, elle restera présente. Elle hantera vos entrailles comme un fauve encagé et se faufilera partout comme un serpent dans les hautes herbes. Elle vous consumera de l’intérieur. Elle brûlera et assèchera votre vie.

 

Pour rencontrer la colère, évoquez la couleur orange, la couleur de la force de vie, de l’énergie vitale et de la puissance d’incarnation. Elle vous réveillera, vous invitant à l’action et à l’interaction. Elle détruira les obstacles sur votre chemin, les croyances limitatives qui sont autant de barrages à votre épanouissement. Criant « ça suffit », elle provoquera le redressement de « qui vous êtes ». Altruiste, elle vous demandera d’éveiller l’autre, pour le sortir de la prison dans laquelle il s’est lui-même enfermé. Pour que, par osmose, il contacte sa propre force, celle qui hurle depuis si longtemps au fond des oubliettes de son être.

 

Peut-être le temps est-il venu d’ouvrir la cage et d’aborder la bête sans peur et sans reproche. Si c’est le cas, prenez l’initiative d’aller à sa rencontre. Ouvrez-lui votre cœur. Créez ou trouvez-vous un espace vierge, un espace sans peur ni agressivité où vous apprendrez à accueillir et à maîtriser, tout simplement, une partie de vous-même. Cherchez l’accompagnement de personnes qui ont déjà parcouru cette voie avant vous, qui connaissent le chemin. Ou pour le moins, et en particulier dans votre vie sexuelle, choisissez des partenaires qui sont disposés, tout comme vous, à rencontrer et à chevaucher le dragon. Car en éveillant votre colère, vous éveillerez également la source de votre joie et/ou de votre sexualité.