Mandarin

(Langue dominante en Chine)


 

  

-          J’écoute l’esprit du mandarin.

 

-          La langue chinoise n’existe pas. La Chine est une entité géopolitique, et le chinois est un ressortissant de cette nationalité forcée. La langue appelée parfois chinoise ne peut pas être confondue avec l’entité géopolitique à laquelle elle a été associée de force, dans la mesure où différentes langues sont parlées en Chine, ainsi que par les ressortissants et/ou descendants chinois un peu partout dans le monde.

 

Le mandarin est la langue dominante en Chine. Dominante par le nombre de personnes qui la parlent, et dominante par son imposition comme langue nationale obligatoire. Ce qui situe d’emblée sa nature.

Toute personne qui parle le mandarin véhicule d’office le difficile rapport entre le peuple et les dirigeants, ou plutôt entre les peuples et le dirigeant. Les orientations politiques ont certes changé au cours des siècles pour les personnes qui parlent le mandarin, mais ce n’est pas la question de l’orientation politique qui est en cause ici. Le rapport entre les peuples et les dirigeants reste identique au fil des siècles dans l’esprit du mandarin, et transcende toutes les orientations idéologiques. Il s’agit ici d’un mode de fonctionnement, et non d’un mode de pensée.

 

Pourquoi le mandarin est-il la langue la plus parlée au monde ? Parce que la problématique qu’il véhicule est une des plus communes à tout être humain. Ce qui ne veut pas dire que les personnes qui ne parlent pas le mandarin gèrent cette problématique de façon identique, ni qu’elle soit dominante pour eux. Néanmoins, en tout être humain vit ce sujet, d’une façon ou d’une autre : le rapport entre le peuple et les dirigeants, entre les peuples et le dirigeant.

 

La langue est liée au peuple, à la culture, à la tradition. Elle n’est pas liée à la nation, à la loi, à l’autorité. C’est la nation qui la lie à elle, qui décide quelle langue sera officielle ou non. C’est la nation qui délimite la légitimité, la répression ou la promotion de la langue. Le mandarin favorise une fusion entre le peuple et le dirigeant, ce qui n’est pas le cas des autres langues courantes en Chine. Raison pour laquelle le mandarin a pu être élu comme langue dominante par l’autorité chinoise. Non pas que le mandarin porte l’énergie de la domination en soi (d’autres langues y pourvoient mieux), mais parce qu’il relie le peuple et le dirigeant.

 

Le mandarin relie le ciel et la terre, et la culture générale issue de cette langue donne la part belle à cette reliance. A partir de là, une distinction se fait entre les êtres spirituels et les êtres athées. L’être spirituel parlant le mandarin relie tout naturellement le divin et l’humain, il ne peut pas faire autrement. C’est un processus largement inconscient. L’être athée parlant le mandarin substitue l’autorité humaine à l’autorité divine, il ne peut pas faire autrement. C’est également un processus largement inconscient. Le dirigeant est alors inconsciemment assimilé à Dieu.

 

Raison pour laquelle le pouvoir du dirigeant est tellement plus incontesté que dans certaines autres cultures, en particulier dans celle de la langue espagnole, qui s’oppose presque par définition à l’autorité. L’apprentissage du mandarin est plus malaisé pour celui parle l’espagnol que pour toute autre personne, et bien sûr l’apprentissage de l’espagnol est tout aussi malaisé pour celui qui parle le mandarin. Malgré l’énorme étendue de ces deux langues dans le monde, bien peu de personnes parlent uniquement ces deux langues. La majorité des personnes qui parlent ces deux langues en parlent également au moins une troisième, qui fait office de tampon au niveau de l’esprit.

 

On ne peut efficacement aborder tout rapport avec le mandarin (à ne pas confondre avec l’entité géopolitique chinoise) qu’en étant pleinement conscient de cette intimité entre le peuple et le dirigeant, intimité qui comporte évidemment une part d’inimitié. Ceci est en particulier valable pour toute transaction diplomatique et commerciale.

 

Toute personne qui appartiendrait à une culture différente voire opposée à celle du mandarin et qui aurait l’ambition de négocier avec la nation chinoise, voire de l’intégrer, a tout intérêt à apprendre l’une ou l’autre langue « chinoise » complémentaire, en particulier le cantonais. Il possèderait ainsi un esprit tampon qui atténuerait son conflit intérieur généré par l’apparente opposition entre le mandarin et sa propre langue. Il s’offrirait ainsi la possibilité d’entrer dans la collectivité chinoise « par la petite porte » peut-être, mais de pouvoir y arriver sans trop d’effort.

 

L’entrée en Chine via le mandarin peut demander, pour certaines langues, un énorme effort d’assimilation. L’entrée en Chine via une autre langue minoritaire certes, mais tout aussi chinoise, peut être assimilée, pour ce qu’on appellera l’esprit occidental, au principe du cheval de Troie. Il est nettement plus aisé, pour les langues antinomiques à l’esprit du mandarin, d’envahir la Chine de l’intérieur via les collectivités parlant couramment les autres langues « chinoises ». Une fois installée dans ces minorités (acceptée par ces minorités), le passage au « marché mandarin » devient aisé pour la personne native d’une autre langue.

 

Une autre distinction peut être faite dans les options ouvertes à ceux qui parlent le mandarin : celle entre d’une part les dirigeants qui imposent (relativement facilement) leur volonté au peuple, et d’autre part les dirigeants qui écoutent le peuple. Les cultures extérieures qui rêveraient d’une démocratie « à l’occidentale » en Chine se leurrent. Il leur faut commencer par accepter la relation fusionnelle qu’entretien le mandarin entre le peuple et le dirigeant. Une fois cette acceptation faite, elles pourront plus facilement revoir leurs options de négociation avec la nation chinoise.

 

Le « peuple » chinois, pour autant qu’une telle chose existe puisqu’il y a autant de peuples que de langages en Chine, peut également réfléchir à son choix de dirigeants en faisant la distinction entre d’une part le dirigeant qui impose sa volonté au peuple, et d’autre part le dirigeant qui écoute le peuple. Le dirigeant qui impose sa volonté au peuple peut aisément être remplacé par un dirigeant qui écoute le peuple, mais il ne peut pas être remplacé par un système qui négligerait l’importance de la notion de dirigeant pour la culture du mandarin. Ceci est valable à tous les niveaux, dans toute organisation : politique nationale, politique locale, politique internationale, commerce, économie, éducation, famille, et ainsi de suite.

 

Ce que le mandarin apporte de plus valable au monde, c’est la notion qu’il n’y a pas de séparation entre la terre et le ciel.

 

La tradition liée au dragon est symptomatique de cette culture. Le dragon y est porteur de bienfaits. Il y protège les récoltes. Alors que le dragon est maléfique dans les cultures qui séparent la terre et le ciel. L’autorité « chinoise » (entendez par là celle qui parle le mandarin) se revêt d’un aura prestigieux en s’assimilant soi-même à la symbolique du dragon, alors que – à titre d’exemple – le « Grand dragon » du Ku Klux Klan anglophone perpétue la haine.

 

Le dirigeant « chinois » (mandarin) peut soit s’imposer, soit être à l’écoute, là est le choix. Mais il ne pourra jamais disparaître, de même façon que le ciel ne peut pas disparaître quand on vit sur terre.

 

 

 

27.6.2014