Italien


 

- J’écoute l’esprit de l’italien.

 

- Toute personne qui parle la langue italienne, ainsi que ses dialectes et dérivés, est malgré elle poussée à participer à une dynamique de séduction dans le sens le plus large du terme, à une tentative généralisée de convaincre, de tenter de convaincre, d’être convaincu, et/ou de se protéger d’être convaincu.

 

Ce phénomène est tellement large, touche tellement tous les domaines de la vie, de la plus petite anecdote au plus grand enjeu, et prend tellement de formes totalement différentes les unes des autres, que ce terreau commun pourrait facilement passer inaperçu aux yeux de tous, qu’ils parlent l’italien ou d’autres langues. Mais en approfondissant le sujet et en évaluant tous les moments, quels qu’ils soient, vécus par des personnes parlant l’italien (au moment où elles parlent l’italien, car en parlant un autre langage, les caractéristiques de cette autre langue prennent le dessus, ou simplement se mêlent à celles de l’italien), force est de constater la justesse de cette règle d’or pour comprendre le psychisme de cette langue.

 

La fin justifie les moyens, et donc tous les moyens sont bons pour tenter de convaincre l’autre : la séduction bien sûr, la parole, la musique et l’art en général, la politique, la guerre, la perversion, la manipulation, la religion, la mode, toutes les méthodes de communication, les média bien sûr, et ainsi de suite, car la liste est infinie… Ce qui explique les nombreuses formes que prend cet univers relationnel particulier.

 

Il y a un message, soit caché soit exprimé, derrière tout agissement de la personne parlant l’italien. S’il est caché, il peut l’être autant aux yeux de la personne, de l’organisme ou de l’entité qui s’exprime, qu’aux yeux des personnes à qui ceux-ci s’expriment. L’un n’empêche pas l’autre, et toutes les nuances existent entre ces deux réalités. S’il est exprimé, il peut autant l’être en la personne, l’organisme ou l’entité qui s’exprime, sans que le message ne filtre ou ne soit exprimé vers l’extérieur, publiquement. Il peut également être exprimé vers l’extérieur, soit volontairement, soit involontairement, par exemple sous forme de lapsus. Tout, absolument tout, est possible dans ce domaine. Ce qui explique également les nombreuses formes que prend cet univers relationnel particulier.

 

On l’a vu, la racine commune, qui est la tentative de convaincre, est fort difficile à détecter et à reconnaître derrière les milliards de formes possibles dont elle peut se revêtir. C’est une des raisons – inconsciente – pourquoi la psychologie de la personne parlant l’italien est une telle énigme pour la majorité des personnes du monde entier parlant une autre langue. C’est une des raisons également pourquoi l’italien possède un tel charisme, est un tel objet de fascination pour ceux qui parlent d’autres langues : sa logique de base étant si difficilement détectable, de cette langue émane comme une aura de mystère. C’est une des raisons également pourquoi la langue italienne évoque un tel romantisme : parce que la perception du romantisme se trouve au-delà de toute logique. Mais on ne trouve, du coup, plus aucun romantisme aux différentes tendances mafieuses et fascistes qui ont égrené l’histoire de tout peuple parlant l’italien ou un de ses dialectes et dérivés. Le fascisme étant entendu ici sous toutes ses formes, qu’il s’agisse par exemple de manipulation des masses par le pouvoir armé ou par celui des média.

 

Réfléchissons à l’omniprésence des musiques dans les mouvements fascistes autant qu’antifascistes, tous deux de langue italienne bien évidemment. « Bella Ciao », par exemple, ne pouvait qu’exister en italien, et nombreux sont les interprètes d’autres langues qui en ont pourtant gardé les paroles italiennes, sans traduire la chanson dans leur propre langue. Chantée dans une autre langue, même en imaginant que les paroles soient traduites fidèlement et/ou littéralement, cette chanson n’aurait en aucun cas le même impact que chantée en italien, peu importe que l’interprète en comprenne les paroles ou non. A partir du moment où on prend la tentative de convaincre comme critère de base, les chansons de crooners italiens, outils séduisants par excellence, ne diffèrent du fascisme que par les moyens utilisés et par les émotions auxquelles on fait appel et/ou à partir desquelles on s’exprime.

 

La compréhension de cette dynamique de base propre à la langue italienne ne peut se faire qu’en abdiquant de toute séparation entre le bien et le mal. La tentative de convaincre n’est ni bien, ni mal, ou alors elle peut aussi bien être l’un que l’autre. A la base, cette dynamique est neutre. Et ce n’est qu’à partir de la neutralité bienveillante de l’observateur que cette dynamique liée à la langue italienne a une chance d’être appréhendée, comprise et assimilée.

 

Notons deux informations en marge de la compréhension de cette dynamique de base.

 

La première concerne le lien entre le latin et l’italien. Il ne se passe pas la même chose dans le psychisme de la personne qui s’exprime en parlant le latin ou l’italien. Si le latin possédait déjà le charisme perpétué par l’italien, il possédait également l’essence de l’impérialisme propre à l’anglais. Mélangez les psychismes de la langue anglaise et de la langue italienne, et vous aurez une bonne idée du rayonnement énergétique qu’avaient eu les peuples parlant le latin.

 

Ce qui entraîne une réflexion propre aux peuples parlant le latin, mais également de quelques autres comme ceux parlant l’allemand, avec une mention particulière pour ce qu’on appelle « La légion étrangère ». Une armée parlant la même langue que son peuple sera en harmonie avec sa mentalité, mais dès que certaines légions de cette même armée parlent majoritairement une autre langue, tout en restant au service du peuple de départ, la mentalité de ces corps d’armée-là prend une toute autre tournure que le corps d’armée de référence dont ils sont issus. Il n’est pas tant question ici d’autres races ou d’autres nationalités, mais bien d’autres langues parlées. La distinction entre d’une part race et/ou nationalité, et d’autre part langue, est ici cruciale pour appréhender correctement ce phénomène précis.

 

La seconde information concerne la différence entre « la conviction » et « le fait de chercher à convaincre ». La personne parlant l’italien n’a pas forcément plus ou moins de convictions que quiconque qui parle un autre langage. Ce n’est pas de cela qu’il est question ici. La personne parlant l’italien est poussée malgré elle à chercher à convaincre, ou à participer d’une façon ou d’une autre à cette dynamique, y compris à éventuellement s’y opposer. Ce qui n’est pas nécessairement la dynamique d’autres personnes ou peuples possédant certaines convictions, dans la mesure où de nombreuses personnes ou peuples possèdent des convictions sans pour autant chercher à en convaincre autrui.

 

Développant plus loin encore cette logique, il faut savoir que certaines personnes parlant l’italien ne possèdent aucune conviction, ce qui ne les empêche néanmoins pas d’être fidèles à la dynamique de leur langue en tentant malgré tout de convaincre autrui. Comment une telle situation peut-elle être possible ? C’est bien simple : ces personnes se basent alors sur les convictions d’autrui, tentant de convaincre ces autres personnes qu’elles ont raison… ou qu’elles ont tort, ou encore en tentant de convaincre les masses à quel point ces autres personnes avec des convictions ont raison… ou ont tort.

 

25.1.2013