Créole


 

- J’écoute l’esprit de la langue créole.

 

- La langue créole, et/ou les langues créoles ! Il y a plusieurs langues créoles, mais un seul esprit créole. Esprit créole qui peut être étendu envers d’autres langues qui ne sont pas pour autant identifiées comme étant créoles.

 

Le créole est l’esprit d’une multitude de langues représentant la plus grande adaptabilité aux circonstances de vie changeantes. Il n’y a, par exemple, pas de plus grand choc, de plus grand changement de vie, que de passer instantanément d’une vie de liberté à une vie d’esclavage, ou dans l’autre sens de passer instantanément d’une vie d’esclavage à une vie de liberté.

 

En aval comme en amont, chaque langue créole est d’une part une conjonction de plusieurs langues – au moins deux – et d’autre part donne à son tour naissance à des variantes d’elle-même. Adaptée aux grands changements, dont font partie les changements soudains, une langue créole peut se créer et/ou se démultiplier en moins de deux générations.

 

Une fois constituée à partir d’au moins deux langues source, le créole peut ensuite de démultiplier par parthénogénèse. Il ne se laisse pas enfermer dans une définition définitive. Il représente, dans chaque nouvelle forme, la réponse la plus adéquate à la nouvelle forme de vie du moment de la communauté qui le parle. Si une des formes de créole tient la route à longue échéance, cela dénote d’une stabilité de la culture, des us et coutumes de la communauté qui continue de la parler de façon inchangée.

 

Il n’est pas question, dans la potentielle évolution rapide de la langue, d’un conflit de génération. Bien au contraire, une nouvelle génération de la langue doit pleinement avoir assimilé la version précédente pour voir le jour. Il ne s’agit jamais d’une nouvelle langue, mais chaque fois d’une nouvelle forme, d’une nouvelle version de l’ancienne.

 

Le créole n’est pas un dialecte, il n’est pas une version locale et alternative d’une langue de base. Le créole est une variante à l’intérieur d’une famille de langues. La source n’étant pas une seule langue précise, mais bien l’esprit de cette multitude de langues. Le créole est une des langues où la distinction entre « l’esprit de la langue » et « la forme de la langue parlée » est la plus grande, pour la simple raison que l’esprit du créole ne donne pas naissance à une seule forme de langue créole.

 

Par extension, l’esprit créole, qui alors ne s’appellera même plus créole, peut s’étendre à d’autres familles de langues créées elles aussi dans des circonstances similaires à partir d’autres langues sources. Le borain est un des multiples exemples de ce principe de base. Lui et ses langues cousines sont issus d’une fusion des langues locales et des langues immigrées. L’esprit créole se trouve partout au monde, mais ne s’identifie pas comme tel à chaque endroit, tellement grande est son adaptabilité.

 

Pour être qualifiée de créole ou assimilé, la langue se doit d’être issue de deux (ou plus) langues à part relativement égale. Quand une langue dominante intègre quelques expressions d’une autre langue, elle reste fondamentalement inchangée, et ne donne pas naissance à une nouvelle langue. Cette langue dominante continuera de générer des dialectes d’elle-même, mais elle ne se trouvera pas à la source d’une mouvance de parthénogénèse créatrice d’une multitude de formes de la même langue démultipliée au gré des changements et des générations.

 

Le créole est une langue réellement vivante, ce qui est une nuance par exemple par rapport au portugais qui est « une langue du vivant ». Autant dire que l’établissement d’un dictionnaire créole ne peut pas se faire d’après des critères comparables à ceux de la majorité des autres langues.

 

Le créole peut enseigner au monde qu’il y a moyen de s’adapter à tous les changements personnels, culturels et de société quels qu’ils soient, et de le faire aussi rapidement qu’en une seule – ou maximum deux – générations, sans pour autant générer de conflits de générations. Le créole est une langue d’évolution, pas de révolution.

 

Un changement, aussi rapide et surprenant soit-il, ne constitue pas pour autant une rupture. Il ne constituera une rupture que pour celui qui refuse de s’adapter. Voilà un des grands enseignements de l’esprit du créole, voilà ce que le monde peut apprendre de lui.

 

 

18.6.2014