Coréen


 

- J’écoute l’esprit du coréen.

 

- Je suis la langue ultime de l’unification. Celui qui parle le coréen est capable de tout, dans toutes les directions, humainement, culturellement, artistiquement, politiquement. Le coréen n’est pas tant divisé que diversifié. Autant dans la langue elle-même que dans la culture qui s’en ensuit, le coréen possède et manifeste un rapport très particulier à l’étiquette et à l’identification. Par moment, il n’y a pas moyen d’enfermer son expression dans une catégorie trop stricte ou limitée, ce qui rend les diverses expressions artistiques issues du coréen compliquées à « vendre » ou à promouvoir sur des marchés segmentés et/ou spécialisés – si ce n’est ceux spécialisés en art coréen.

 

S’il est compliqué – voire impossible – pour des personnes divisées de même appréhender la notion d’unification dans le coréen, ces mêmes personnes risquent fort de projeter leur propre division sur le coréen et voir cette langue, ce peuple et son occupation de l’espace comme étant divisé. Il ne l’est qu’en apparence. Voir le coréen comme diversifié plutôt que comme divisé permet d’en appréhender toute la richesse plutôt que de se limiter à une dualité de façade.

 

Dans le coréen, rien n’est jamais entièrement blanc ou noir. Tout est dans la nuance et la subtilité. Celui qui juge les manifestations culturelles et sociales issues de la langue coréenne de l’extérieur, sans en parler la langue, risque fort de se cantonner soi-même dans des évaluations lapidaires, qui parleront plus de lui-même que de la culture ainsi évaluée de façon fortement limitée. Le coréen souffre d’ailleurs souvent, sans vraiment pouvoir mettre des mots sur cette souffrance, d’être aussi lapidairement évalué, jugé ou critiqué par l’étranger. Il ne se sent pas tant enfermé qu’incompris dans le retour que les collectivités d’autres langues lui renvoient par rapport à lui-même. Raison pour laquelle la culture populaire coréenne – ou plutôt les cultures coréennes – nagent entre deux eaux à l’étranger. D’une part elles sont connues et provoquent même une certaine fascination, mais d’autre part elles n’atteignent nulle part la même popularité qu’auprès de ceux qui parlent la langue – où qu’ils vivent.

 

Choisir de me parler, d’apprendre à me parler, demande une ouverture d’esprit. L’apprentissage du coréen est un apprentissage spirituel, voire même une initiation spirituelle. L’athée ou l’agnostique qui chercherait à aborder cet apprentissage de façon logique et rationnelle, comme cela lui est possible pour de nombreuses autres langues même asiatiques, resterait hermétiquement fermé à l’esprit, à la signification réelle et à l’apport au monde de la langue coréenne. Il réussirait à la parler, certes, mais techniquement et sans âme.

 

Ceux qui désirent coller des étiquettes et faire des comparaisons pour comprendre les choses pourraient accoler au coréen et à sa culture le terme de « réalisme magique », reconnaissable comme un courant artistique et plus dans diverses régions du monde. Mais ce ne serait utile qu’en guise de premier abord, car jamais au grand jamais une personne parlant le coréen ne s’étiquetterait ainsi, ainsi ou autrement d’ailleurs, à moins qu’elle ne parle également une autre langue et s’appuierait sur les spécificités de cette langue-là pour se traduire vers l’étranger ainsi que le présent paragraphe vient de le faire.

 

Une dernière chose encore. Le coréen est unifié. Seulement, il ne le sait pas. Car ce serait une nouvelle étiquette de le décrire ainsi.

 

Alors, finalement, comment étudier le coréen ? En cherchant activement et consciemment l’unification en même temps que l’apprentissage de la langue. Et, quand à la fois vous parlerez couramment le coréen et que vous aurez oublié à quel point vous serez unifié, alors vous ferez un avec l'esprit de cette langue.

 

 

6.6.2014