La culture du Trois présente :

Deux femmes et un homme, deux hommes et une femme


 

Il n’est pas toujours évident de comprendre les subtilités de ce qu’on n’a pas (encore) vécu. Prenez les trios, par exemple. Quasi la moitié d’entre nous rêve d’un jour avoir des relations sexuelles à trois. C’est un des fantasmes les plus largement inassouvis, car rares sont ceux qui peuvent se vanter d’avoir vécu une telle expérience.

 

Le trio est une sorte de mythe moderne sur lequel se projettent nos espoirs les plus fous et nos peurs les plus grandes. En rentrant dans le vécu, dans le concret des relations, on découvre à quel point chaque situation est unique. On constate l’écroulement de tous nos lieux communs et des produits de notre imagination. Rien de tel que la réalité pour voir s’écrouler nos illusions, nos idéaux, mais également nos peurs et nos craintes.

 

Faites l’exercice suivant : écrivez sur un bout de papier comment vous imaginez votre première expérience triolique. Comment vous l’espérez, comment vous la craignez, comment vous la pensez, comment vous la ressentez. Puis lancez-vous dans l’expérience et vivez-le, ce premier trio. Vous découvrirez que votre image d’Epinal ou épineuse de départ ne tient plus la route. Votre chemin de découverte de votre réalité aura commencé.

 

Vous découvrirez ce qui fait de votre vie une expérience unique incomparable avec celle des autres. Vous découvrirez également un certain nombre de constantes qui se révèleront à vous, et qui n’auront rien à voir avec les poncifs qu’entretiennent les gens qui ne savent pas de quoi ils parlent.

 

Peut-être découvrirez-vous à quel point un trio constitué par deux hommes et une femme (HHF) est très différent de celui composé de deux femmes et un homme (FFH). Peut-être découvrirez-vous ainsi pourquoi les trios d’un homme avec deux femmes sont plus recherchés que les trios d’une femme avec deux hommes.

 

Photo du film "The dreamers" (Les innocents)
Photo du film "The dreamers" (Les innocents)

L’homme est par nature centré sur l’extérieur, sur la conquête. Il est un chasseur et un conquérant : il se focalise sur sa proie, sur le terrain à investir, sur l’acte à poser, sur la mission à remplir, sur sa place dans la société, etc. Son désir se focalise généralement plus sur sa partenaire que sur la relation en tant que telle.

Un autre homme qui désirerait la même femme est alors un rival, un concurrent qui pourrait lui rafler sa proie. Il se retrouve en position de concurrence, de compétition, face à cet autre homme. Si sa réaction peut varier du tout au tout, elle sera néanmoins masculine. Soit, d’une part, par l’accentuation du conflit. Les cas de figure les plus fréquents en sont la dispute ouverte opposant les deux hommes en rivaux, et la prise de pouvoir par la domination du challenger. Soit, d’autre part, par la conciliation, par le « partage » de la femme et l’acceptation de vivre ensemble la même situation. Cette conciliation n’efface pas la situation de concurrence qui, du coup, prend une autre forme : l’agressivité mise de côté, les hommes ainsi réunis ne bandent plus !

 

Quand les deux hommes sont en accord de vivre ensemble un trio avec une femme, ils devront identifier, puis mettre de côté leur esprit de compétition toute masculine. Mais il leur faudra éviter de jeter le bébé avec l’eau du bain, car il leur faudra probablement retrouver leur virilité provisoirement perdue. Ils mettront en commun leur désir pour cette même femme, qui deviendra le centre de leur attention commune. La complicité de deux hommes qui s’avouent leur amour et leur désir commun pour une même femme est une sensation incomparable à toute autre.

 

Photo du film "Croque la vie"
Photo du film "Croque la vie"

La femme est par nature centrée sur l’intérieur, sur les émotions, sur le foyer, sur la qualité de la relation. L’homme est littéralement un envahisseur : il la pénètre. Pour rencontrer l’homme, elle doit accepter, voire choisir de se laisser envahir. La rencontre entre femmes participe d’une dynamique fondamentalement différente : celle d’entrer toujours plus loin en soi. Les raisons des conflits entre femmes ne sont pas les même que celles des hommes : les conflits féminins sont des conflits de protection, incomparables avec les conflits de conquête masculins. Par exemple, une femme pourrait entrer en conflit avec une autre femme quand celle-ci menace ou semble menacer sa famille, elle pourrait dans une situation de trio se protéger de l’émergence de ses propres émotions en attaquant la « rivale » ou en fuyant la situation. Pour rencontrer une autre femme dans un cadre triolique, la femme doit identifier et surmonter le danger réel ou illusoire qui la menace. Alors, elle peut en toute sécurité explorer avec cette autre femme son rapport à sa propre féminité. Se concentrant sur les émotions et les vécus concrets entre elle et cette autre, elle peut diminuer son attention envers l’homme qui représente en quelque sorte le ciment du trio. L’homme est alors le prétexte qui réunit les deux femmes. Cela demande à l’homme de relativiser son ego, et de cesser d’être le mâle tout-puissant qui serait le seul responsable de ce que vivent ces deux dames qu’il aime et/ou désire si fort.

 

Vous pourriez émettre des objections envers la vision manichéenne que cet éditorial émet par rapport aux modèles masculins et féminins. Nous en sommes bien conscient. Mais posez-vous la question suivante : avez-vous déjà fait l’expérience d’un vécu en trio, voire de plusieurs vécus en trio ? Si ce n’est pas le cas, taisez votre mental et commencez par vivre. Après avoir exploré la polarisation du masculin et de féminin plus profondément peut-être que dans une relation à deux, vous pourrez entamer la symphonie de votre vie.

 

 

François De Kock.

 


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Commentaires : 4
  • #1

    Abby (vendredi, 29 juillet 2016 04:14)

    Une jolie page et de jolis frissons qui me parcourent lors de sa lecture... La thématique du trio est passionnante; même de "l'intérieur" il n'est pas toujours aisé d'en débusquer les énergies diverses, les enjeux, les pièges. Les trésors enfouis méritent pourtant, je pense, qu'on y consacre un peu de notre âme ... Merci pour ce début d'analyse que je trouve très enrichissante et ne manquera pas de me mettre du baume au coeur. Tendrement, Audrey.

  • #2

    Vévé (lundi, 01 août 2016 04:52)

    Alors là... il y a matière a discuter, mais je pense que tu parle ici, surtout de trio "amoureux" dans le sens avec place egales entre tous ou presque. J'ai vecu des trios, plusieurs, un trio relationnel suivi HHF. Les autres étants plutot sexuels (mais pas denués d'entente cerebrales) et Je n'ai pas ressentie cette rivalité masculine, ni le problème de bandaison non plus..
    Mais peut etre est-ce parce qu'il y a un couple primaire et une place de partenaire de jeu/amant/ami ?

  • #3

    Anne-Sophie (lundi, 01 août 2016 05:22)

    Raaaaaaaa zut alors ! Je n'ai connu que des trios exclusivement féminins ! Faut tout recommencer :-D

  • #4

    Patricia (dimanche, 20 novembre 2016 08:38)

    Je n'ai jamais vécu d'expérience triolique - trio au lit ;-) et encore moins de vie à trois. Par contre, j'ai été touchée par la culture du trois depuis toujours, et sans vraiment trop bien savoir pourquoi.

    François, ton article m'interpelle d'autant plus que ces derniers temps, mon attention est attirée de plus en plus sur des figures de 3 : objets décoratifs représentant un ensemble de 3 avec souvent un grand, un moyen et un petit élément (ex. 3 chats ou 3 éléphants représentant le père, la mère et le petit, j'en ai d'ailleurs chez moi !). Ou bien des emballages par trois dans le rayon boucherie du supermarché.

    Je suis par nature plutôt poussée par la quête du deux, bien consciente de la dualité et du monde des polarités dans lequel je vis, et sûrement accentuée aussi par mon signe astrologique du Gémeau !

    J'en suis venue à la conclusion que, pour établir et maintenir une harmonie entre les deux polarités masculin-féminin que sont par définition un homme et une femme, il faut trouver un point d'équilibre, donc un troisième élément. J'en veux pour preuve que, pour maintenir une table en équilibre, il faut minimum un troisième pied !

    Ce que je crois est que, au-delà de fantasmes sexuels quelconques, pour maintenir l'harmonie au sein d'un couple, il faut installer un troisième élément, un pilier supplémentaire, qui soit NEUTRE, donc ne peut pas être identifié à une des deux polarités. Ce troisième élément, qui constitue le point d'équilibre et ainsi le ciment du couple, pourrait être par exemple un projet commun, un enfant, une maison, une mission de vie commune. Cela pourrait être aussi l'adoption d'un animal de compagnie aussi. Ou dans le cas d'un conflit de couple, une tierce personne neutre, un arbitre, comme un thérapeute de couple, qui porte un regard neutre sur la situation.

    Au fait, dans notre grammaire française, nous n'avons que deux genres pour désigner les substantifs : le masculin et le féminin. Alors que dans d'autres langues, comme le néerlandais et l'allemand, il existe un troisième genre, et devinez quoi ? il se nomme justement le "neutre" ;-)

    Patricia