Le bouc émissaire

 

Je suppose que la majorité de mes lecteurs est un peu, voire beaucoup, familier avec le concept du triangle infernal qui implique le bourreau, la victime et le sauveur. Voici le portrait d'un personnage en marge de ce triangle, celui du bouc émissaire...

 

Dans la dualité bourreau-victime, le bourreau attire la victime, et la victime attire le bourreau. C’est une réalité dans laquelle chaque protagoniste est partie prenante de la relation. L’ajoute du sauveur est une version améliorée de cette même réalité : il est, lui aussi, partie prenante dans la relation.

 

Le bouc émissaire, lui, n’est pas partie prenante de la relation bourreau-victime. Il sert de paratonnerre pour détourner sur lui toute l’attention, ce qui permet au bourreau et à la victime de maintenir en toute quiétude leur perverse relation.

 

Le bouc émissaire n’est pas lié ni à la cause, ni à l’origine de la relation bourreau-victime, qui précède donc son existence. Il n’en est en rien responsable. Il est donc plus « innocent » que la victime. Contrairement au bourreau, à la victime et au sauveur, qui sont tous directement concernés par les sujets qui « posent problème » entre eux, le bouc émissaire peut attirer à lui toute sorte de jugement ou de récrimination qui ne le concerne pas d’office personnellement.

 

La récurrence de situations similaires, dans des domaines et envers des sujets similaires sous des apparences différentes, caractérise très particulièrement les relations des bourreaux, des victimes et des sauveurs. L’identification des problématiques récurrentes dans leur vie est d’ailleurs un des plus efficaces moyens pour les aider à se défaire de leur condition. Pour autant, bien entendu, qu’ils désirent s’en défaire. Car tout le monde ne désire pas se défaire de son addiction, loin de là ! Pour ces personnes, le bouc émissaire est le paratonnerre tout désigné pour pouvoir se dire que « ce n’est pas moi qui ai un problème, c’est lui (elle) ». Ce qui permet au problème de subsister.

 

Ce qui différencie considérablement la réalité du bouc émissaire de celui des bourreaux, sauveurs et victimes, c’est qu’on ne trouve pas chez lui une récurrence de problématiques similaires, étant donné que ses soi-disant problématiques ne sont en fait que la projection de celles des trois autres lascars.

 

Le bouc émissaire n’est ni « coupable » ni « culpabilisant », il est un « coupable désigné ». La nuance est importante.

 

Ajoutons que le bouc émissaire peut être désigné comme tel indifféremment par des individus, des collectivités (familles, entreprises, cultures…) ou par des sociétés entières. Ajoutons également que la réalité du bouc émissaire n’est pas comparable avec celle du souffre-douleur (voir l’archétype du loup oméga), qu’on pourrait très superficiellement confondre avec lui.

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